ÉDITORIAL

Pourquoi apprendre l'occitan ?

Pour le plaisir et la culture sans doute, mais aussi pour s'ouvrir des opportunités d'emploi ! Professeur, traducteur, chargé de mission dans une collectivité territoriale, libraire, comédien, chanteur... les métiers de l’enseignement, de la culture, du journalisme, de l’édition manquent aujourd’hui de professionnels qui maîtrisent l’occitan.

Des emplois - par centaines - sont proposés, pour lesquels cette compétence est requise ou souhaitée. Dans tous les secteurs, l’offre est supérieure au nombre de diplômés connaissant bien la langue. Faute d’information certainement, trop de lycéens et d’étudiants ignorent encore les possibilités que leur ouvre sa pratique.

Le défaut d’information n’est peut-être pas la seule raison pour laquelle les étudiants intéressés par les langues hésitent à s’engager dans l’étude de l’occitan. Longtemps, et près de nous encore, l’occitan a été associé à des représentations passéistes ou rétrogrades. Cette dévalorisation s’est inscrite dans un contexte qui entendait réduire la diversité linguistique, ce qui n’est heureusement plus le cas aujourd’hui.

Ce temps-là est révolu, et l’image de l’occitan a changé. D’abord parce que plusieurs décisions sont venues préciser son statut. la dernière en date, et non la moindre, est l’adoption le 22 septembre 2010 par le parlement de Catalogne de la loi donnant à l’occitan le statut d’une langue officielle sur tout le territoire catalan. Cette reconnaissance vient après celle de l’Italie (1999) et de la France, avec l’inscription des « langues régionales » dans la Constitution (2008). Elle fait de l’occitan une langue européenne à part entière, le bien commun de trois grands États.

L’enseignement et la création artistique contribuent tout autant à la valorisation de l’occitan : les sections bilingues sont synonymes de réussite scolaire, le dynamisme des groupes de musique parle aux jeunes.
Les collectivités territoriales accompagnent ce mouvement ; elles signent avec l’État des conventions afin de développer l’enseignement de la langue, elles multiplient partout les initiatives culturelles et la signalétique bilingue se banalise. A Toulouse déjà, les stations de métro sont annoncées en occitan, et l’on traduit les notices des musées.

Il est un autre signe qui ne trompe pas : les entreprises font confiance à l’occitan pour leur communication et leur image de marque. Chacun songe à cette enseigne de produits de beauté qui a rendu familier le nom de la langue et du pays dans le monde entier. Enfin et surtout, comme on peut le voir dans ce numéro, les Régions du sud de la loire s’engagent tour à tour pour faire de l’occitan un identifiant majeur, un support de leur action culturelle et, comme en Catalogne, un outil de leur développement.

C'est dans ce cadre ouvert, plurilingue, pionnier, et élargi aux dimensions euroopéennes que se présentent, pour ceux d'entre vous qui vont faire confiance à l'occitan, les métiers de demain.

Jean SALLES-LOUSTAU
Inspecteur général de l'éducation nationale,
groupe des langues vivantes - langues régionales